Souvenirs de Zacharie Arnal, de Bréau, dans le Gard

Publié le par Mahie

Un petit texte de "mon vieil oncle Zach" (pasteur), je dis mon vieil oncle, parce que ma grand-mère (1899-1995) l'avait bien connu et donc, bien qu'étant né en 1839 (sa mère avait alors 40 ans, c'était le dernier de la fratrie) et mort en 1931, il fait parti de mon "paysage familiale".

Je pense que les souvenirs qu'il évoque ici doivent remonter à entre 1844 et 1848...
Marie Nines (1799-1874), la mère de Zacharie. Mon arrière-arrière-arrière-grand-mère.
Pour info, si je calcule bien, nous avons chacun 16
arrière-arrière-arrière-grand-mères.

Il fallait manger du pain, or à cette époque lointaine et dans un village, il n'y avait pas de boulanger, et dans chaque famille c'était la mère qui devait pétrir la pâte. Notre chère mère s'astreignait malgré ses nombreuses tâches de mère et de femme de pasteur, à ce travail hebdomadaire très fatiguant, et le jour venu, c'était aux enfants à porter au four banal les paillassons contenant la pâte bienfaisante, bien levée, et l'après-midi à aller chercher les tourtes bien cuites pour les rapporter à la maison.
Il y en avait pour toute la semaine, ce qui ne permettait pas de se livrer quotidiennement à la gourmandise du pain frais. La récompense des enfants, c'était de rapporter aussi et de croquer à belles dents, des fougasses, sortes de gâteaux auxquels on consacrait le reste de la pâte ; ce n'était pas de la pâtisserie, mais nous nous en régalions quand même. C'est ce qui nous permettait de savourer d'autant mieux les vrais gâteaux d'un ou deux sous que papa et maman nous rapportaient de leurs courses au Vigan.
Avec le pain, il fallait de l'eau. Or l'eau potable n'était pas comme aujourd'hui dans chaque ménage. Le jardin était bien muni d'une citerne alimentée par les eaux pluviales, mais l'eau n'en était pas saine, de là des dangers de maladies. Le village avait, il est vrai, deux sources, l'une à l'extrémité inférieure du village donnant à peine un filet d'eau en été, si bien qu'il fallait bien attendre son tour de 15 à 30 minutes pour présenter sa cruche au robinet qui la remplissait en 10 ou 15. L'autre était située à un bon kilomètre au dessus du village, ou on allait puiser l'eau dans la petite vasque naturelle. C'était le rôle des enfants d'alimenter la maison d'eau potable et fraîche pour les repas.
Aller au four et à la source était déjà un bon exercice de la vie pratique ; mais il y en avait un autre qui ne manquait pas de charme pour les enfants, c'était les grands jours de lessive du linge, trois ou quatre fois par an. Un ménage à cette époque était plus largement monté en linge de toute espèce qu'aujourd'hui. Aussi l'opération de la lessive était-elle plus importante.
Ce jour-là, la cuisine, très vaste, se parait près de la cheminée d'un vaste cuveau ou s'engouffrait tout le linge d'un trimestre, et à la crémaillère était suspendu un large chaudron de cuivre, ou bouillait l'eau que l'on versait sur les cendres dont le cuveau était recouvert. C'était l'opération du « coulage » dont était chargée une femme du village. Le lendemain c'était l'opération du lavage, qui se faisait à la rivière. Or, la rivière coulait au bas de la colline du village, et pour y aller, il n'y avait guère que des sentiers étroits.
C'est par ces sentiers que nous étions appelés à transporter par petites corbeilles, le linge sortant du cuveau, pour alimenter le travail de la lessiveuse. Nous trouvions bien parfois la corbeille un peu lourde, et je crois bien que c'est ce qui m'a légèrement aplati le crane. Mais une fois à la rivière, tout était joie et plaisir, car les culottes retroussées, nous étions libres de nous livrer à la pèche on fouillant le dessous des rochers du torrent, ou bien, en plein été, de nous livrer à barboter tout nus, à nous étendre le dos au soleil au risque de nous rôtir la peau. Et l'après-midi, le linge bien séché sur les cailloux était à nouveau mis dans les corbeilles et ramené à la maison ou maman le recevait pour le soigner dans les vastes armoires. Le devoir était donc agrémenté d'un véritable plaisir que j'aime à me rappeler.
Puisque je parle de la rivière, je ne puis passer sous silence les baignades de l'été ou jeudis et dimanches après-midi, tous les enfants du village se rencontraient au  "riou magé" (riviere large) partie de la rivière présentant au pied d'un large rocher, une eau profonde pour les nageurs. Ces bains duraient parfois de deux à trois heures, parce qu'ils se renouvelaient après une séchée au soleil. C'est dans une de ces baignades que survint une grave aventure pour moi.
Mon frère Gédéon était avec moi. C'était un dimanche, et maman m'avait paré d'une blouse neuve serrée à la taille par un cordon avec glands en laine de plusieurs couleurs, dont j'étais très fier. La longue séance de l'eau terminée, il fallait, vers 4 heures se vêtir ; mais, ô douleur, après avoir remis chemise, bas, culotte et blouse, voila que la ceinture manque. J'étais désespéré et ma douleur s'exhalait en cris d'appel à mon frère, Gédéon! Gédéon! On m'a volé ma ceinture.
Le frère, mon ainé de deux ans, prenant au sérieux son rôle d aîné, donc de protecteur, se met à observer dans tous les groupes de garçons, sans rien découvrir ; mais son oeil perçant voit, au loin un gamin qui s'enfuit ; c'est peut-être le voleur pensa-t.il. Et il prend la course, arrive vers le gamin, le fouille, découvre la précieuse ceinture, et administre au petit malandrin une rossée de premier ordre. Puis il accourt vers moi en brandissant le précieux cordon et me disant avec le ton de protection triomphante : « Tiens ! voila ton cordon, ne pleure plus ! » Et l'instinct naturel de vengeance me fit presque pleurer de joie quand il ajouta : « Sois tranquille, il a reçu une rossée dont il se souviendra »  J'aime à rappeler ce trait de protection fraternelle qui me faisait oublier les taquineries dont j'étais souvent l'objet de la part de mon aîné.

Vous pouvez en lire plus dans un abomiffeux fouilli
sur un de mes autres blogs...que certains d'entre vous connaissent bien déjà . Cet autre blog regroupe des textes de ma mère, ma grand-mère, oncle Zach et autres...

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Candy Froggie 21/05/2008 15:24

waouu c'est dément! Quel témoignage, une vraie machine à remonter le temps: on s'y croirait!
Et puis j'aime ce petit côté guerre des boutons vers la fin :P

Mahie 21/05/2008 17:23


;-) Oui c'est sympa, c'est de ça dont je vous parlais l'autre jour au sujet de la fréquence des lessives...
Si tu fais un tour sur mon autre blog, y'en a des pages et des pages... Mais c'est très fouilli!