La maison qui était la nôtre

Publié le par Mahie

Ma grande tante, mon arrière grand-mère et mon grand-père, vers 1895

Nous avions une maison. Ma grand-mère, ma yaya, ma mère, mes tantes, mes oncles, mes frères, mes 17 cousins germains et moi... Nous avions la plus belle des maisons, la plus grande, la plus romantique, la plus magique des maisons.
4 de mes cousins y ont grandit. Les autres, nous n'étions là que de passage. L'été. Les plus beaux étés. La maison était grande, il y avait de la place pour tout le monde. Pour tous les cousins, tous les amis. Tous les secrets. Tous les jeux.
La première fois que j'y suis allée j'étais toute petite, j'avais 5 ou 6 ans. La dernière fois 22 ans je crois. Notre grand-père l'avait hérité d'un oncle qui n'avait pas eu d'enfant. Sur des photos on le voit dans le jardin, enfant. Mon grand-père était né en 1891. Les photos datent d'avant 1900. Je crois me rappeler que c'est son oncle qui avait acheté cette maison. Je ne sais pas en quelle année. Vers 1875 j'imagine. C'était un capitaine au long court qui l'avait faite construire, il avait été ruiné, je crois, et la maison avait été vendue aux enchères.
C'était donc devenu plus tard la maison de vacances de mes grands- parents, qui habitaient Neuilly, puis Versailles. C'est là où la famille a passé la deuxième guerre mondiale tandis que mon grand-père était à la guerre...
Plus que la maison de Versailles, construite vers 1930, la maison de X dans le sud-est était le berceau de notre famille. Tout près de Dieulefit ou était né ma grand-mère et aussi le père de mon grand-père.
Il y a déjà longtemps. La famille s'est vue dans l'obligation de vendre la maison.  La maison de que nous avions tous tant aimé, à des époques différentes, pour des raisons différentes, avec des souvenirs différents selon que nous avions 20,40, 50 ou 80 ans...
Nos parents ont du la vendre, nous la laisser voler par des inconnus, inconscients (les inconnus) de toutes l'émotion que renfermaient les murs de notre maison. Inconscients de prendre quelque chose qui n'avait pas de prix.
Nous y avions tant ri dans les années 70 et 80. Elle avait été le paradis de ma mère et de ces frères et sœurs, leur havre de paix pendant la guerre mais aussi la maison où ils avaient eu si peur pendant les bombardements de la fin de la guerre.
Le paradis de l'enfance de mon grand-père. Le royaume de cette arrière grand-tante pendant la dernière moitié du 19ème siècle.
C'est notre maison, bien sûr. Pleine de souvenirs et de mémoire familiale. Ce sont les murs que j'ai caressé en pleurant le jour où je savais que je n'y retournerai plus jamais. C'est la plus belle des maisons. Le cœur de notre famille. C'est une méridienne et un fauteuil que j'ai aujourd'hui dans ma petite maison, loin. Un tableau d'une ancêtre ici, à côté de moi. Des pièces de vaisselles. Quelques morceaux d'un héritage plusieurs fois divisé.
Ils peuvent croire qu'elle est à eux. Y mettre des meubles qui n'ont pas le même âge qu'elle, qui n'ont pas été fait pour elle... Ils peuvent faire semblant d'être chez eux...

Aujourd'hui en regardant ces photos que ma cousine m'a envoyées, de la maison habitées par des "intrus", j'ai compris pourquoi on pouvait écrire des histoires de maisons hantées... Il m'est impossible de me réjouir de voir la maison "entretenue" et d'autres personnes que nous heureuses là-bas. Ils ne sont tout simplement pas chez eux. C'est complètement impossible qu'ils soient chez eux. Ils me font l'impression de Bernard Lhermitte. J'aimerais bien que quelques fantômes de mes aïeux viennent leur faire des frayeurs. Les chassent de chez nous.

Oh oui, je sais, il serait temps maintenant de se faire une raison. De jouir du présent etc, etc, etc. d'être philosophe tout ça. Ben non, j'ai pas envie. C'est comme ça. Rassurez- vous je n'y pense pas tous les jours, juste quand je vois des photos. Et même quand je vois des photos ça va. C'est que là j'ai vu des photos de cette famille de Bernard Lhermitte et ça... c'est une autre paire de manche pour jouer les philosophe.

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jennifer 25/08/2008 23:34

Héhé j'ai vu les mêmes photos que toi ^^^! Sauf que moi je les regardais plutot avec curiosité. J'aimerai bien que tu me mails si dans 3 jours j'ai oublié de poster un billet sur les maisons de famille !
Bisous

Mahie 26/08/2008 08:20


Mets toi une alarme sur ton téléphone, ça sera plus sûr ;-)


Candy Froggie 25/08/2008 00:15

oh oui une maison de famille qui prend la poudre d'escampette... c'est très douloureux!
Je suis incapable de retourner sur lieux du "crime ultime".
Les souvenirs sont vibrants, je respire encore l'air de ces demeures, l'une normande, l'autre, lyonnaise. Leurs cuisines, ces Noëls, ces petits moments insignifiants aussi.

C'est tellement triste ces lieux qu'on nous arrache!
Mais les souvenirs sont là... petite consolation à double tranchant.

Mahie 25/08/2008 10:17


Tiens tiens voilà donc tes origines :-)
Oui les souvenirs sont là et c'est pour ça qu'il ne faut pas retourner sur les lieux pour que les souvenirs ne soit pas abimés par les nouvelles images...
Il faut être fort et ne pas céder à la curiosité, en tous cas pour les âmes sensibles ;-)
Certains de mes cousins peuvent le faire, moi je ne peux pas et je pense que ma chère cousine qui m'a envoyé quelques photos d'aujourd'hui était assez perturbée d'avoir visité sa maison transformée
(car pour le coup c'était plus la sienne que la mienne).
Je me rappelle d'un ami d'un cousin qui m'avait dit un jour "Oh j'imagine ce que me mère pourrait faire de cette maison!!!" Il n'a plus été invité d'ailleurs :-D Non, mais des fois!
Alalala...