Francesa! Y qué? / Excuse my french...

Publié le par Mahie

 

Tout à l'heure j'ai lu chez Dr Caso un post qui m'a chatouillé la mémoire...
Elle l'a écrit en réponse au Padawan qui pose la question :
Et vous? Accordez-vous une grande importance à vos racines et origines? Jusqu'où iriez-vous pour pouvoir les préserver?
Aujourd'hui je vis en France. Cependant je ne vis pas dans ma région. Et je me sens souvent bien loin de mes origines... Quoi tu te sens à l'étranger dans le Béarn?
- Eh bien oui, parfois, souvent, oui je dois le reconnaître. Je ne me sens pas vraiment chez moi dans cette France du sud-sud-ouest. On me prend pour une parisienne et c'est pas vraiment une qualité par ici. Mince alors si La Rochelle est à Paris maintenant... Je me sens plus chez moi en Charente-Maritime, dans ma normalité à moi. Où tout le monde parle comme moi. Où personne ne me parle de mon "accent"... Où les petits vieux de la campagne parlent à leur manière, une manière que je connais bien, que je n'ai pas envie d'imiter pour rire... Mais c'est pas de ça que je veux parler.

La première fois que je suis allée en Angleterre c'était avec l'école, j'avais 14 ans. Nous sommes arrivés au collège de nos correspondants et dans un couloir un p'tit mec de mon âge s'est planté devant moi et m'a lancé "Voulez-vous coucher avec moi, ce soir?" Il m'a fait flipper ce mec, je me suis sentie vraiment agressée, je comprenais pas pourquoi il me disait ça à moi (je connaissais pas la chanson non plus...) Pendant les deux semaines que nous avons passé là-bas, nous avons réalisé que beaucoup de p'tits anglais (filles et garçons) prenaient les françaises pour des filles faciles. Ce qui était vraiment étonnant car nous étions à l'évidence très très sages en comparaison de certaines de nos correspondantes qui sorties du collège troquaient leur uniformes pour des tenues ultra sexys et des talons hauts... Anyway... Je suis revenue chez moi en me disant que j'étais française et heureuse de l'être. Je n'ai pas fait de progrès en anglais après ce voyage.

J'ai eu plus de chance avec notre voyage scolaire en Espagne. Là-bas je n'ai rencontré que des gens respectueux, qui me parlaient de leur admiration pour Brassens ou Rousseau. Nos correspondant(e)s étaient adorables et faisaient tout pour que nous passions le meilleur séjour possible, nous avions des conversations passionnantes (pour nos 17 ans). Je décidais de revenir vivre un jour en Espagne pour faire prof de Français.
Quelques années plus tard je me suis installée à Madrid. Je donnais des cours de français particuliers en entreprises à des assistantes de direction, des hommes d'affaires, des grands directeurs dans les sièges de grosses boites. C'était vraiment très sympa.
Cependant j'ai découvert (je m'en étais déjà rendu compte pendant mes séjours étudiants à Salamanque) que les français n'étaient pas toujours bien vus : " Tu sais que Napoléon a fait beaucoup de mal à l'Espagne?" La première fois que j'entends ça, je reste interloquée. Ben mince. Voyons voir... Je suis pas la fille de Napoléon que je sache? Y'a pratiquement autant de lien entre moi et Napoléon qu'entre moi et.... et... Raspoutine? Non. Je devais m'en rendre compte au cours des 4 ans que j'ai passé à Madrid : les français, descendants de Napoléon, étaient souvent (pas toujours, hein!) considérés comme arrogants, prétentieux, incultes, sales et se parfumant pour cacher leur mauvaise odeur ! Mince moi et mon Cristal de Chanel, si proprette, je ne comprenais vraiment pas pourquoi tant de haine!
"Mais moi je suis sale selon toi?"
- Mais non, pas toi, mais les français en général... Ben on les reconnaît parce qu'ils sont mal habillés et qu'ils sentent pas trop le frais... et ils sont un peu jaunes de teint, comme malades."
Bon.

Je suis restée. J’ai compris que Napoléon avait, en effet, fait beaucoup de mal à l'Espagne... Je n'avais de cesse de me fondre dans le décor. J'ai fuit les expat' français que j'ai pu rencontrer, comme la peste. Ils étaient arrogants, prétentieux, ne parlaient pas espagnol et vivaient comme au temps des colonies ou presque. Ma seule ambition était qu'on finisse par me prendre pour une espagnole. J'ai fini par parler un peu comme une pampelonaise (mes amis étaient originaires de Pampelune) mais le plus souvent on me prenait pour une sud-américaine... Colombienne? C'était déjà pas mal. Mes origines françaises devenaient invisibles... Ou presque. Je voulais le croire. Mon copain un jour m'a dit de pas me faire d'illusion "Ca se verra toujours que t'es française".
En attendant, dans Madrid je repérais les français à 20m, ils étaient en général un peu "négligés"....
Au bout de 4 ans le serveur du bar que nous fréquentions le plus m'appelait toujours "francesita". J'avais toujours pas de prénom. Je me sentais vraiment madrilène et pourtant je voyais bien que je n'étais pas perçue comme telle...

La vie fait de drôle de pirouettes quelques mois plus tard je suis à Dublin... L'un dans l'autre, entre les allez-retour j'y reste presque 3 ans...
J'entends tout sur les français "Ménage à trois", filles faciles, femmes dépressives, saleté (encore!), cocottes... Les hommes français ont "tous" une maîtresse... Nous votons tous Le Pen.. patati patata. Je fais de gros progrès en anglais, je lis la presse américaine : les américains passent leur temps à dire du mal de nous. Je lis la presse anglaise : nous y sommes toujours caricaturés en mime Marceau, apparemment beaucoup plus connu outre-manche qu'en France. La presse irlandaise est moins féroce, le Irish Times case plus de mots français au kilomètre qu'on ne pourrait imaginer... Beaucoup d'expression qui ne veulent plus rien dire mais c'est pas grave, c'est raffiné de mettre du français partout. En même temps si on dit un gros mot on dit "Excuse my French! Ah ah!"... Mouais. Moi je dis "Excuse my English! Ha ah!" et personne ne rigole. Je suppose que c'est encore la faute à Napoléon si on nous pense si snob et arrogants, sales et délurés... N'oublions pas que nous n'avons aucune morale. Vivons dans le pêché et j'en passe...
J'aime bien les irlandais, parfois, ils ont un côté qui peut être assez rigolo.

Mais un jour j'ai dit "I'm going back to France! I'm fed up with all that sh...! I'm french and I don't want to be ashamed of it". Je suis rentrée à Paris. Là tout le monde me trouvais normale, complètement normale... Les gens autour de moi étaient tellement comme ils devaient être... C'était comme un grand soulagement de me sentir faire partie de là où je vivais si naturellement... Sans faire d'effort, sans devoir m'expliquer sur qui je suis, sans devoir m'excuser pour Napoléon, sans devoir me justifier, sans avoir à dire que oui mais moi je suis propre, hein... Pour la première fois de ma vie depuis de longues années je pouvais me permettre d'être moi-même, de ne pas être une sorte de "personnage"...
Tout le monde comprenait mon humour, personne ne trouvait mon accent "so cute" et personne n'avait envie de coucher avec moi pour de mauvaises raisons (comme mon accent)...

En relisant ce que je viens d'écrire je réalise que j'ai l'air d'avoir souffert d'avoir vécu à l'étranger alors que ce n'est pas du tout le cas pour l'Espagne où j'ai passé 4 ans de "dolce vita", c'est un peu plus vrai pour l'Irlande bien que cela ait été très intéressant et "formateur" pour moi.

Le fait est qu'aujourd'hui je n'ai plus envie de me fondre dans une autre culture comme je voulais le faire en Espagne où j'avais vraiment envie qu'on me prenne pour une espagnole. Si j'y retournais aujourd'hui je sais que je ne ferais rien pour "cacher" ma nationalité. Par ailleurs en vieillissant je me sens beaucoup plus attachée à mes origines, à mes villes : je me sens rochelaise, bordelaise, francilienne...
Heureuse de manger du bon pain tous les jours, du bon fromage... Du bon vin... En toute simplicité, un bon repas de famille... Le même repas en Irlande coûte les yeux de la tête et pour le pain ça sera de toute façon pas possible...
Enfin bref, comme le rital, je suis française et je le reste et dans le verbe et dans le geste :-p

Le Super Dupont de Gotlib

Publié dans Mahie

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RACHOUILLE 28/08/2008 09:20

j'ai bien aimé ton article Marie ! c'est intéressant en effet de connaître tes impressions en Irlande Espagne ou ailleurs d'ailleurs je me suis souvent demandée pourquoi tu étais partie de Madrid car tu ne cachais pas ton penchant pour ce pays ensoleillé maintenant j'ai la réponse ! :0) Bonne journée !

Mahie 28/08/2008 09:50


Ben nan la réponse n'est pas dans cet article ;-) Le mystère continue!!! Bonne journée miss :-)
En fait il y avait plusieurs raisons à mon départ mais aucune n'avait à voir avec le fait que j'ai "envie" de quitter Madrid. D'ailleurs j'étais sûre d'y revenir vite, comme on revient à la
maison... ;-)


Dr. CaSo 27/08/2008 19:16

Tres joli post :) Je vois qu'on a toutes les deux passe par ce besoin d'inclusion et ensuite ce besoin de retrouver notre identite propre (ou sale, on est francais ou on ne l'est pas, hein ;)). J'ai beaucoup souffert des prejuges contre les francais quand j'etais aux Etats Unis, mais heureusement a Toronto, il y a tellement d'etrangers que les francais finissent pas etre des etrangers vachement "normaux"!

Mahie 27/08/2008 19:46


Ah merci :-) j'avais peur que ça fasse un peu caricatural... Oui au début on veut se fondre et puis après on se dit  "et pis zut!"
Oui c'est vraiment étrange ces préjugés qui sont souvent une vraie animosité :-(
Je pense que bien des français doivent être pénible avec les américains... Enfin je suppose... mais ce qui concerne les anglais ils sont quand même champion du monde : combien de fois ai-je entendu
que la France serait un paradis si seulement il n'y avait pas les français :-( Ca fait toujours plaisir... Enfin, snif. Je suppose qu'ils trouvent que nous leur rendons bien la monaie de leur
pièce... je suppose même si j'ai l'impression que notre passe-temps favorit n'est pas de critiquer la "perfide" Albion :-p
Un anglophone pour donner un avis?