Traduire : pas toujours trahir...

Publié le par Mahie

Depuis la fac je sais que traduire est un exercice qui demande vraiment beaucoup de travail, beaucoup de réflexion, beaucoup de maîtrise.
Le plus facile est sûrement de traduire une info, un article de presse, ensuite ça se complique un peu pour la littérature... Comment ne pas perdre le style, forcément inimitable d'un auteur? Si certains traducteurs nous font grincer les dents, d'autres au contraire quasiment dépasse l'auteur et leur traduction devient aussi importante que l'oeuvre originale. Je ne vous donne pas de noms, vous les connaissez Ô lecteurs! ;-)
Mais quand on en arrive à la poésie, à la chanson, que faire? Que faire de la musique des mots, de leur douceur, de leur dureté, du rythme?
Traduire donc, ou trahir, telle est souvent la question. Traduire pour ceux qui ne comprennent pas...  Lire une traduction quand on est celui qui ne comprend pas...
Si pour moi il est hors de question de lire quoi que ce soit traduit de l'espagnol, j'ai souvent envie de partager ma passion pour la culture hispanique et je dois bien traduire ou chercher une bonne traduction!
Et que dire de la paresse? Bah oui, la paresse... Si pendant mes années dublinoise je lisais en anglais avec plaisir, mon gros dico à porté de main, m'améliorant chaque jour... Aujourd'hui plus ses années s'éloignent, plus j'ai la paresse de lire en anglais, je préfère râler en lisant une mauvaise traduction, devinant l'anglais à travers la traduction irritante... Reprochant au traducteur de ne plus faire la différence entre l'anglais et le français, je râle. Je dis paresse parce que que quand il s'agit de regarder le dernier épisode de Lost en VO et sans sous-titre, je retrouve toute la concentration nécessaire :-D
Tout cela pour en venir au fait : j'ai renoncé à traduire Volver, la chanson de Gardel et j'ai cherché des traductions, histoire de voir si une sortait du lot!
Et au tournant d'un site j'ai eu une très bonne surprise, je suis tombé sur la traduction de
Fabrice Hatem, économiste et danseur de tango, sa traduction mériterait encore un long commentaire sur l'art de faire une bonne traduction comme il l'a faite, l'art de rester proche de l'original et de s'en éloigner un peu, pas trop, juste ce qu'il faut ... Mais j'arrête là ou je vais faire trop long et je vous livre sa traduction :

Volver


Yo adivino el parpadeo
De las luces que a los lejos,
Van marcando mi retorno.
Son las mismas que alumbraron
Con sus pálidos reflejos
Hondas horas de dolor.
Y aunque no quise el regreso,
Siempre se vuelve al primer amor.

La quieta calle donde el eco dijo :
Tuya es su vida, tuyo es su querer
Bajo el burlón mirar de las estrellas
Que con indiferencia hoy me ven volver

Volver,
Con la frente marchita,
Las nieves del tiempo
Platearon mi sien.
Sentir, que es un soplo la vida,
Que veinte años no es nada,
Que febril la mirada
Errante en las sombras
Te busca y te nombra.
Vivir,
Con el alma aferrada
A un dulce recuerdo,
Que lloro otra vez.

Tengo miedo del encuentro
Con el pasado que vuelve
A enfrentarse con mi vida.
Tengo miedo de las noches
Que, pobladas de recuerdos,
Encadenan mi soñar.
Pero el viajero que huye,
Tarde o temprano detiene su andar.
Y aunque el olvido que todo destruye,
Hay matado mi vieja ilusión,
Guardo escondida una esperanza humilde,
Que es toda la fortuna de mi corazón.

Texte de Alfredo Le Pera
Musique de Carlos Gardel

Revenir

Je devine déjà le halo
Des lumières lointaines
Qui marquent mon retour.
Ce sont les mêmes qui éclairèrent
De leurs pâles reflets
Les heures sombres de ma douleur.
Et même si l'on ne souhaite pas le retour,
On revient toujours à son premier amour ;

Vers la rue tranquille où l´écho dit :
''A toi est sa vie, à toi est son amour'',
Sous le regard moqueur des étoiles
Qui me voient revenir avec indifférence.

Revenir,
Avec le front marqué
Les neiges du temps
Plaquées sur mes tempes.
Sentir que la vie n'est qu'un souffle,
Que vingt ans ne sont rien,
Que mon regard fébrile,
Errant dans l'ombre,
Te cherche et dit ton nom.
Vivre,
Avec l'âme enchaînée
A un doux souvenir,
Que je pleure à nouveau.

J'ai peur de la rencontre
Avec ce passé qui revient
Défier ma vie.
J'ai peur de ces nuits,
Qui, peuplées de souvenirs,
Enchaînent mes rèves.
Mais le voyageur qui s'enfuit
Un jour ou l'autre arrête sa marche.
Et, même si l'oubli qui détruit tout
A tué mes vieilles illusions,
Je garde cachée une humble espérance,
Qui est toute la fortune de mon coeur.

Traduction de Fabrice Hatem

Une traduction légèrement différente du même auteur sur ce lien
PS: attention : une faute de frappe  à la fin du poème, bien lire "Un jour ou l'autre" et pas "Un jour un l'autre".

Publié dans Musique

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José 02/03/2012 21:24

Je ne la trouve pas si bonne que cela cette traduction.... :)

elisabetta 26/08/2011 13:22


Bonjour, Article très pertinent. Je vous suggère le mien:

http://www.lipsie.com/fr/traduction-litteraire.htm

Cordialement
Eli


patrice 17/02/2007 20:03

merci pour ces paroles et cette traduction fort bonne en effet .... je ne suis pas un super pro en espagnol, mais la traduction de " que veinte anos no es nada", ne serait pas plutot " que 20  ans , ce n'est pas rien !" ???

Mahie 17/02/2007 21:11

Hello Patrice,Non, non, "Que vingt ans ne sont rien" c'est bien le sens. Si on veut faire du mot à mot ça donne "que 20 ans n'est rien". "No es nada" = "n'est rien" et pas "n'est pas rien"...Dans la chanson le sens est d'ailleurs que ces 20 ans sont passés très vite...Si on veut dire "ce n'est pas rien" on dira plutôt "es mucho"... En espagnol on utilise beaucoup moins la négation qu'en français...L'espagnol est toujours surpris quand un français dit "ce n'est pas très joli" au lieu de dire "c'est assez moche"... Mais je m'éloigne du sujet ;-) @+